L’histoire de la Chine ancienne regorge de légendes, les connaissances s’échangeant de génération en génération par la voie orale. Les lignes qui suivent nous viennent en partie de la tradition et doivent être lues, dans certains cas, avec les réserves d’usage.

Naissance du Kung-fu

Il y a environ 1 500 ans, l’Inde était un pays très influent en Chine. Des prêtres indiens furent invités par les empereurs chinois pour y propager leur religion. Bodhidharma, connu également sous le nom de Tamo, et qui serait né vers l’an 483, était l’un de ces prêtres. Tamo appartenait à l’école Mahayana du bouddhisme et arriva en Chine vers l’an 526 ou 527.

Par un concours de circonstances, Tamo se dirigea vers le temple bouddhiste de Shaolin dans la province de Henan, où il demeura d’ailleurs jusqu’à la fin de ses jours. À son arrivée au temple, Tamo trouva les moines dans une condition physique lamentable, ces derniers ne comprenant pas que la vie spirituelle est tributaire d’une forme physique adéquate.

Alors qu’il méditait pendant neuf ans sur cette situation qui l’affligeait profondément, Tamo écrivit deux livres, dont seul l’ouvrage Yi Chin Ching (Livre des transformations des muscles et des tendons) a subsisté jusqu’à nos jours.

Sous l’égide de Tamo, les moines de Shaolin commencèrent à pratiquer le Kung-fu en tant qu'art martial non seulement pour se maintenir en bonne condition physique, mais encore pour se protéger des bandits qui attaquaient les monastères ou infestaient les contrées chinoises à cette époque.

Le Kung-fu pratiqué au monastère de Shaolin conféra aux moines une réputation qui les précédait partout où ils allaient.

Mais n’entrait pas au monastère de Shaolin qui le voulait! Les candidats se présentaient à l’entrée du temple où on les laissait patienter des jours, des semaines et voire des mois avant que l’on ne daigna les y laisser pénétrer. Pendant que la patience des candidats était mise à rude épreuve, les moines les observaient attentivement pour bien s’assurer qu’ils étaient dignes d’être des leurs. Cependant, le fait d’être enfin accepté au sein du temple ne signifiait pas pour autant que l’apprentissage du Kung-fu débutait, loin de là : les futurs moines se voyaient confier les tâches les plus ingrates, tant qu’ils n’avaient pas fait leurs preuves. Les choses ont bien changé de nos jours, où il suffit de payer son inscription dans une école pour débuter l’entraînement. Une constante demeure toutefois : c’est le devoir de l’instructeur de veiller à ce qu’il enseigne ne soit pas utilisé à mauvais escient.

Les connaissances liées au kung-fu à l’époque étaient extrêmement nombreuses. Ainsi, dans la quatrième génération, un moine aurait accompli huit exploits dans toute sa vie. On rapporte aussi qu’une jeune fille éduquée par un certain moine pendant 20 ans et ayant quitté le monastère n’aurait pu consigner par écrit que 20% de sa connaissance avant qu’elle ne meure à l’âge de 80 ans.

La destruction du temple de Shaolin et l’apparition de l’école de Wing Chun

Au XVIIe siècle, sous la dynastie des Ching (1644-1922), le grand maître du temple de Shaolin aurait envisagé trois candidats pour le remplacer : il s’agissait de Chi-Sing, Paï-Meï et Ung-Mui. Cette dernière était toute désignée pour être dirigeante, mais en sa qualité de femme, il était à l’époque inconcevable qu’elle le fut. D’autre part, Paï-Meï (Sourcils blancs) était reconnu pour son mauvais caractère; Chi Sing fut donc nommé comme le nouveau dirigeant du temple. Par dépit, Paï-Meï quitta le monastère, adopta les techniques d’énergie du Wu-Tang et développa son propre style de Kung-fu.

À cette époque, l'empereur Chian Lung dut affronter des mouvements révolutionnaires qui tentaient de le renverser pour restaurer la dynastie des Ming (1368-1644). Ces mouvements étaient secrètement soutenus par les religions et les différentes écoles d’arts martiaux. En conséquence, l'empereur mandchou Chian Lung décida de mettre à feu et à sang les institutions révolutionnaires : le vieux temple de Shaolin ne fut pas épargné par cette répression.

Outre les ambitions politiques des Ching, la destruction du temple de Shaolin a été causée par d’autres écoles. Paï-Meï, en particulier, entretenait des conflits idéologiques avec Shaolin, et il s’était mis du côté des Ching dans l’espoir de mettre fin à la guerre. Le vénérable Chi-Sing, que l’on disait « fort avec sa tête » en référence à l’un des exploits qu’il pouvait accomplir, aurait été provoqué en combat par Sourcils blancs lui-même. On raconte qu’au terme de ce combat, Chi-Sing frappa avec sa tête Paï-Meï à l’abdomen, mais ce dernier lui aurait broyé le crâne avec les muscles de son ventre, le tuant sur le coup. Certains moines de Shaolin opposèrent une résistance aux Ching, qui les exterminèrent. D’autres moines s’enfuirent, et d’autres enfin réagirent passivement et périrent dans le temple en flammes.

La répression des Ching à cette époque provoqua la destruction et la dissolution de toutes les écoles.

La vieille bonzesse Ung Mui (fondatrice de l'école Paï-Heu) aurait rencontré dans sa fuite une jeune femme, qui devint disciple. Cette jeune fille nommée Yen Yeong Chun (Yim Wing Chun en cantonnais, région de la Chine d’où elle était originaire) aurait joué un rôle déterminant quant à l'avènement d'une nouvelle École. Ainsi, de l'expérience de la défaite combinée à plusieurs années de méditation profonde, la bonzesse Yen Yeong Chun aurait su tirer le meilleur parti de l’art martial en modifiant les vieilles méthodes dont la pratique s'était avérée inefficace contre les Ching et les écoles qui les supportaient, telles que l’école de Paï-Meï. Après sa mort, il appert que le mari de Yim Wing Chun peaufina le style fondé par sa femme, dont il garda le nom en hommage à cette dernière.

Particularités de l’école de Wing Chun

Le Wing-Chun avait pris des réformes caractéristiques mais ne s'était jamais égaré de sa base originelle, l'orthodoxe Shaolin. Ce kung-fu était fondé sur le Yi-Ching, un des cinq livres canoniques de la vieille civilisation chinoise et expliquant la formation et la naissance de l’univers et des êtres vivants, c’est-à-dire le Taï-Chi. Il faut savoir que le Taï-Chi lui-même se divise en Yin-Yang, puis en cinq éléments, en Pakua, pour ne nommer qu’un aperçu des notions chinoises liées au Tao, à la Voie. L’art martial qui découle de cette vision fait usage de la force pour dominer la faiblesse et maîtrise la violence par la souplesse.

La technique de Wing-Chun était caractérisée par la forme de cinq animaux sauvages représentant des types de combat associés chacun à des qualités spécifiques. Le tigre incarne le courage, le léopard la sagacité (la ruse), le dragon la solidité, la grue la maîtrise de soi et, enfin, le serpent incarne la souplesse (ces cinq animaux constituent la base de l’art martial chinois de Shaolin, les autres animaux étant venus par après). En plus d’utiliser une technique combative raffinée et conservée à l'excellence, les disciples du Wing Chun Kung-fu avaient dû subir des entraînements spéciaux pour acquérir les forces intérieure et extérieure.

Ces entraînements appliquaient la méthode secrète privilégiant d'abord la solidité du fer et, par la suite, l'extrême souplesse (force extérieure). Après quoi, les disciples pouvaient accéder aux domaines plus élevés et merveilleux de l’art martial : la pratique du souffle Chi-kung (inner strenght en anglais) et des forces spirituelles (force intérieure). Les techniques associées aux cinq animaux permettaient de développer les aspects physiques et énergétiques.

L’époque contemporaine

Il serait trop long de parler en détail de l’évolution des arts martiaux chinois depuis le dix-septième siècle jusqu’au Jeet Kun Do de Bruce Lee, en passant par la guerre des Boxers et Yip Man. Les méandres qui caractérisent l’histoire des styles de Kung-fu, des luttes intestines entre les maîtres et leurs écoles et cela, dans de multiples contextes politiques, sont inextricables.

Il faut savoir cependant que les grandes écoles d’arts martiaux chinoises furent abolies en 1949 avec la venue du régime communiste de Mao Tsetoung. De nos jours, les pratiquants travaillent l’aspect physique et technique dans leur entraînement. Très peu pratiquent les aspects énergétiques et philosophiques, ces derniers cadrant mal avec les valeurs d'un état totalitaire. Toutefois, depuis la seconde moitié du vingtième siècle, le Kung-fu s’est largement diffusé dans le monde entier et n’est plus un art martial secret pratiqué discrètement et presque exclusivement en terre chinoise.

En Amérique, des jalons importants ont enflammé l’imagination populaire en regard du Kung-fu, la télévision et le cinéma aidant. Songeons seulement aux séries télévisées « Kung Fu » et « The Green Hornet », la première avec David Caradine et la seconde avec l’inimitable Bruce Lee, dont la mort singulière dans la force de l’âge alors que ses films avaient fait le tour du globe alimente encore aujourd’hui l’imagination des peuples. Il y a fort à parier que d'autres vedettes internationales qui portent des noms célèbres comme Jet Li et Donnie Yen, issues du cinéma contemporain, feront encore longtemps rêver des générations d'adeptes d'arts martiaux.

Références

1) Habersetzer, Roland, "KUNG-FU Trois mille ans d'histoire des arts martiaux chinois", Éditions Pygmalion, 2001.

2) Enseignement théorique du Grand-Maître Nam Ahn, 

3) Enseignement théorique de Maître Melkon Sapsezian.

 

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